Langham a transformé 390 kg d'épluchures d'orange en marmelade et fondu du gras de Wagyu en saindoux maison. Ce n'est pas du théâtre de la durabilité — c'est du travail sur le coût matière avec un meilleur marketing
Le programme de valorisation des déchets alimentaires du Langham Hospitality Group — épluchures du jus du petit-déjeuner en compote, parures de poisson en burger permanent, gras de Wagyu en saindoux maison — est une étude de cas authentique sur ce qui se passe quand le suivi des pertes devient assez visible pour alimenter une décision de carte. Par Marc Enggist, PDG d'EGS.

Le Langham Hospitality Group a annoncé la semaine dernière le déploiement d’un programme de valorisation alimentaire sur l’ensemble de son portefeuille hôtelier — non pas un pilote dans un établissement phare, mais une démarche coordonnée entre plusieurs marques et plusieurs pays. Les détails méritent qu’on s’y arrête, car ils sont inhabituellement concrets pour ce type d’annonce : le Cordis Auckland détourne chaque année environ 390 kg d’épluchures et de pulpe d’orange, issus de son service de jus du petit-déjeuner, vers une compote de marmelade servie avec du yaourt. The Langham, Boston a créé un article permanent à la carte — le Coastal Catch Burger — entièrement élaboré à partir de parures de cabillaud et de saumon, soit environ 220 kg de poisson par an qui auraient autrement été jetés. The Langham, Gold Coast transforme les parures de bœuf Wagyu en brochettes kushiyaki de style japonais et fait fondre le gras paré pour en faire un saindoux maison. The Langham, Jakarta convertit les parures de viande premium en saucisses pour le petit-déjeuner. Le bar d’Eaton HK infuse du Lillet avec des épluchures d’agrumes en surplus et aromatise du rhum avec du marc de café usagé. La formulation du PDG Bob van den Oord était directe : « La durabilité prend tout son sens quand elle s’inscrit dans les décisions quotidiennes que nous prenons, notamment dans la façon dont nous approvisionnons, préparons et servons les aliments. »
Pourquoi c’est d’abord une histoire de coût matière avant d’être une histoire de durabilité
Chacun de ces produits a commencé comme un coût que la cuisine absorbait déjà. Les épluchures d’orange, les parures de poisson, le gras de Wagyu — rien de tout cela n’a été sourcé spécialement. Ce sont des sous-produits de plats déjà à la carte, générés à chaque service, et tant que personne n’a décidé d’en faire quelque chose, ils n’étaient que du volume à évacuer : un coût sans ligne de revenus en contrepartie. Ce que Langham a réellement fait, ce n’est pas inventer de nouveaux ingrédients. C’est rendre un intrant existant et récurrent suffisamment visible pour qu’il devienne une décision de carte — puis instaurer la discipline nécessaire pour répéter cette décision à l’échelle, sur plusieurs établissements, de façon assez constante pour communiquer un chiffre annuel précis en kilogrammes pour chacun d’eux.
Cette précision est révélatrice. « Nous avons réduit le gaspillage alimentaire » est une phrase de conformité. « 390 kg d’épluchures d’orange par an, détournées vers une compote que l’on peut nommer et à laquelle on peut attribuer un prix » est un fait opérationnel — ce qui signifie que quelqu’un mesurait réellement l’intrant avant de décider quoi en faire.
L’écart entre « on devrait utiliser les parures » et le faire vraiment
La plupart des cuisines savent déjà, dans l’abstrait, que les parures et les sous-produits représentent une valeur réelle. Presque aucune ne peut répondre, sans projet spécifique, au nombre exact de kilogrammes d’une parue donnée qu’un établissement produit en un mois normal, ni à ce qu’il en coûterait de formaliser une utilisation plutôt que de simplement payer pour l’évacuer. Cette réponse exige la même infrastructure que toute autre décision de recette : un rendement en pourcentage sur la pièce principale, une quantité de sous-produit documentée, et une base de coût réelle sur ce que vaut ce sous-produit en tant qu’ingrédient dans autre chose, plutôt que comme volume de déchets.
C’est précisément l’écart entre un chef talentueux qui repère une opportunité une fois, et un groupe hôtelier qui en fait une pratique permanente sur l’ensemble d’un portefeuille. Le programme de Langham n’est pas présenté comme l’initiative d’un établissement que les autres ont entendu parler — il est décrit comme transversal, systématique et reportable en chiffres précis par propriété. Cela n’arrive que lorsque les données sous-jacentes — rendements, poids des parures, ce qui sort réellement de la pièce principale — sont suivies de façon suffisamment cohérente pour que « voici ce qu’on pourrait faire avec ça » devienne une question à laquelle on peut répondre, et non une découverte ponctuelle.
Ce que cela signifie pour les chiffres de votre propre cuisine
Inutile de disposer d’un portefeuille à l’échelle de Langham pour appliquer la même logique. La question qui mérite d’être posée sur vos propres recettes est simple : pour chaque plat qui génère un sous-produit — parure, épluchure, os, gras, queues, lactosérum — connaissez-vous réellement le poids et le coût, ou ces éléments sont-ils noyés invisiblement dans le coût matière du plat principal, sans que personne ne les examine séparément ?
- Des données de rendement et de parure saisies au niveau de la recette, et non estimées une fois pour toutes, afin que le volume réel d’un sous-produit soit un chiffre sur lequel on peut agir, et non une supposition.
- Une visibilité sur le coût du sous-produit lui-même, de sorte que « faire quelque chose avec la parure » soit une décision assortie d’une analyse coût-bénéfice réelle, et non une vague bonne intention.
- Une cohérence sur l’ensemble des établissements, la même discipline qu’a appliquée Langham — l’idée ingénieuse d’un seul établissement ne devient un atout de groupe que lorsque les données qui la sous-tendent circulent jusqu’à chaque cuisine qui génère la même parure.
CalcMenu ne peut pas inventer votre marmelade ni vos brochettes kushiyaki. En revanche, il peut s’assurer que les données de rendement et de coût derrière chaque recette sont suffisamment précises pour que, lorsqu’une opportunité de valorisation existe, ce soit vous qui la décelez — et non la facture du prestataire d’évacuation des déchets.
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Sources
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